Il y a un besoin de formation des cadres religieux musulmans, couramment quoiqu’inexactement rassemblés sous le terme « imam ». Celle-ci, s’est longtemps appuyée sur les différents pays étrangers d’où provenaient la plupart des musulmans français (Algérie, Maroc, Turquie), et qui continuent de fournir via des détachements quelques 300 des 1 800 imams en exercice sur le territoire. L’évolution de la population musulmane française induit cependant un décalage avec des imams souvent non-francophones et peu au fait des réalités de la société française. Ce décalage est largement perçu par les responsables religieux, qui constatent la nécessité de répondre aux besoins, y compris sociaux, de communautés variées, connectées, à la fois en demande de réponses et dans une attitude de contestation à l’égard du savoir religieux traditionnel. Enfin, la situation peu enviable des imams en France dissuade les vocations : statut incertain, souvent bénévole, salaire insuffisant, grande dépendance à l’égard des associations cultuelles qui les rémunèrent. Les diplômes universitaires peuvent alors apparaître comme une source d’une reconnaissance et d’un statut plus gratifiants. Dans le même temps, un nombre croissant de personnes, musulmanes ou non, se trouvent demandeurs de formations sur le fait religieux en général ou sur l’islam en particulier. Ce nouveau public se trouve, en grand nombre, dans les cours dispensés par les mosquées et dans les instituts privés de théologie dits « de formation d’imams ». Malgré cette appellation, les futurs imams n’y sont pas majoritaires, puisque ces instituts forment aussi des cadres associatifs, et plus largement des personnes désireuses d’approfondir leur foi et leur pratique religieuse, ou simplement leurs connaissances, parmi lesquelles une proportion grandissante de femmes. Certains élèves issus de ces instituts demandent à poursuivre, à l’université, les études engagées, et certains vont parfois jusqu’au doctorat. Cette tendance se manifeste aussi à l’Université, où l’offre de formation initiale ou continue relative au fait religieux rencontre un succès réel. Est très significatif à cet égard le succès des « diplômes universitaires de formation civique et civile » généralisés à partir de 2011, désormais appelés «diplômes universitaires sur le fait religieux et la laïcité » (DU) et aujourd’hui au nombre de quatorze (un quinzième étant en cours d’ouverture). Ces cursus, qui offrent une approche pluridisciplinaire du fait religieux et de la laïcité, en même temps qu’une introduction au contexte socio-historique, au droit et aux institutions de la France, ont su fédérer un public allant des ministres du culte et cadres d’organisations cultuelles à des agents publics, responsables associatifs etc., dont certains, là aussi, choisissent ensuite de poursuivre leurs études. Ils ne peuvent, cependant, à eux seuls répondre à l’ensemble des besoins en formation du public en cause, ni en amont, pour des personnes au niveau insuffisant en français, ni en aval, pour ceux qui, au contraire, voudraient aller plus loin dans leur connaissance du fait religieux.